Le destin frappe parfois avec une brutalité difficile à concevoir. En quelques secondes, un terrible accident de la circulation a anéanti une famille et plongé le mouvement sportif malien dans une profonde consternation. Maître Balla Sall, premier vice-président de la Fédération malienne de karaté, a trouvé la mort aux côtés de deux de ses enfants, laissant derrière lui une douleur immense et un vide que beaucoup jugent impossible à combler.
À Kangaba, sa ville natale, la nouvelle s’est répandue comme une onde de choc. Les pleurs ont remplacé les salutations, le silence a succédé à l’agitation quotidienne. Très vite, la concession familiale s’est remplie de parents, d’amis, de voisins, de responsables administratifs, de dirigeants sportifs et de centaines de pratiquants de karaté et de yoseikan budo, venus partager la douleur d’une famille frappée par l’un des drames les plus éprouvants qui soient.
La tragédie dépasse la disparition d’un responsable sportif. Elle raconte aussi l’effondrement d’une famille qui, en une seule journée, perd son chef, son repère et deux de ses enfants. Une épreuve dont les proches peinent encore à mesurer toute l’ampleur.
Né le 1er avril 1972 à Kangaba, Maître Balla Sall avait consacré sa vie au karaté. Après avoir découvert cette discipline dans les années 1980 auprès d’un maître guinéen, puis perfectionné sa formation avec Maître Kapon, il devient athlète avant de s’investir dans la gestion du mouvement sportif. Trésorier général de la Fédération malienne de karaté, président des Ligues de karaté et de yoseikan budo de Koulikoro, trésorier adjoint de la Région Ouest de karaté, puis premier vice-président de la Fédération malienne de karaté, il était considéré comme l’un des principaux artisans du développement des arts martiaux au Mali.
Décoré de la Médaille de l’Ordre du Mérite national du Mali (Effigie Abeille) et de la Médaille du Mérite sportif du Mali, il laisse derrière lui des milliers d’élèves, des dirigeants qu’il a accompagnés et une discipline profondément marquée par son engagement.
Une foule bouleversée pour les derniers adieux
Le jour des obsèques, Kangaba a offert à Maître Balla Sall et à ses deux enfants un dernier hommage à la hauteur de l’homme qu’il était.
Après la prière mortuaire, le corbillard a quitté lentement la concession familiale, suivi par une foule impressionnante. Parents, amis, voisins, collègues, responsables sportifs et pratiquants ont accompagné les défunts jusqu’au cimetière dans un silence pesant.
À l’arrivée, les pratiquants de karaté et de yoseikan budo ont porté le corps de leur maître jusqu’à sa dernière demeure. Un ultime geste de fidélité qui a profondément marqué les personnes présentes.
Autour des tombes, les larmes étaient difficiles à contenir. Les anciens élèves perdaient celui qui leur avait appris bien plus que des techniques de combat. La famille, elle, voyait disparaître un père, un époux, un frère et deux enfants, dans une même tragédie.
La disparition de Maître Balla Sall a suscité une vive émotion dans tout le pays.
Le Comité National Olympique et Sportif du Mali (CNOSM) a salué la mémoire d’« un homme d’extrême humilité, de grande valeur et de sagesse, loyal dans ses relations humaines et engagé pour la défense de la cause du sport malien ». Son président, Habib Sissoko, et les membres du Comité exécutif ont adressé leurs sincères condoléances à la famille et à toute la communauté des arts martiaux.
La Fédération malienne de taekwondo a également rendu hommage à « un dirigeant engagé, un homme de valeurs et un acteur dévoué au développement des arts martiaux », estimant que son héritage restera gravé dans la mémoire du sport malien.
Depuis les États-Unis, Shihan Amadou Niang, arbitre international et ancien dirigeant de la Fédération malienne de karaté, a évoqué la disparition d’« un dirigeant visionnaire, un formateur passionné et un bâtisseur infatigable », rappelant que Maître Balla Sall avait consacré toute sa vie au développement du karaté et du yoseikan budo.
À Kangaba, trois nouvelles tombes témoignent désormais de la violence de ce drame. Le temps finira sans doute par apaiser les blessures. Mais il ne fera pas disparaître le souvenir de Maître Balla Sall.
Car derrière le dirigeant sportif, le maître et le formateur, il y avait un homme qui avait fait de l’humilité, de la discipline et du service des autres les principes de toute une vie.
Sa disparition laisse une famille en deuil, une communauté meurtrie et un mouvement sportif confronté à une question douloureuse : comment poursuivre l’œuvre d’un homme qui aura consacré toute son existence à former les autres ? Une interrogation qui continuera longtemps de résonner dans les dojos, bien après que le silence est retombé sur le cimetière de Kangaba.
Moussa DIARRA











